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Léda atomica est une huile sur toile mesurant 60 x 44
cm . La toile fut peinte en 1949 à Monterey en Californie, peu
après le bombardement d’Hiroshima. La toile représente Léda vue
de face, assise sur un piédestal. Elle effleure de sa main gauche
un cygne qui, paraît-il, cherche à lui donner un baiser. La toile
est d’ailleurs inspirée de la mythologie grecque, et plus précisément
du mythe de Léda et le cygne.
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Leda atomica,
Salvator Dali (1949)
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Comme tout
bon mythe, Léda et le cygne propose plusieurs versions. On s’entend
par contre pour dire que Léda était la fille du roi Thestios d’Étholie,
une région située dans le nord-ouest de la Grèce. Elle était également
l’épouse du roi de Sparte, Tyndare. Léda fut l’une des mortelles
dont Zeus tomba amoureux. Léda se promenait sur les bords de l’Eurotas.
Un cygne s’approcha calmement d’elle, mais la jeune femme comprit
trop tard qu’il s’agissait de Zeus déguisé, qui la maîtrisa et la
viola. Zeus étant un dieu protéiforme, il choisissait souvent un
animal d’apparence pacifique pour séduire les mortelles. Elles
s’approchaient sans crainte de lui pour le caresser et c’est alors
que Zeus leur faisait violence. Léda pondit par la suite deux œufs
d’où sont nés quatre enfants. Dans un œuf se trouvait Clytemnestre
et Hélène et dans l’autre les Dioscures Pollux et Castor. Zeus
serait le père de Pollux et d’Hélène, tandis que Tyndare serait
le père de Clytemnestre et de Castor. Léda devient ensuite la déesse
Némésis qui préside à la juste répartition des choses sur la terre.
Dans certains récits plus anciens, le rôle de Léda se restreint
à découvrir l’œuf contenant Hélène, fruit des amour de Zeus et Némésis.
Dans cette version, Nemésis tente d’échapper à Zeus en prenant la
forme de divers animaux. Mais Zeus la poursuit toujours et répond
à ses métamorphoses en se transformant lui aussi en divers animaux.
À la fin, Némésis se change en oie sauvage et Zeus s’unit à elle
sous la forme d’un cygne. Elle laisse tomber son œuf dans un marais
où Léda le trouve. Selon un autre récit, Zeus, déguisé en cygne,
fait semblant de fuir un danger. Il se réfugie auprès de Némésis
et profite de l’occasion pour la séduire. Mercure s’empare alors
de l’œuf et le dépose entre les cuisses de Léda afin qu’elle lui
donne le jour. Némésis, à qui Léda était associée, était la fille
de la nuit, et la déesse de la répartition divine. Elle veillait
à la distribution des richesses, s’efforçait de maintenir l’équilibre
et châtiait l’arrogance ainsi que toute forme de démesure, y compris
l’excès de bonheur, en tout ce qui menace ou trouble l’ordre du
monde tel qu’il a été fixé par la destinée. L’attitude du cygne
qui semblait vouloir l’embrasser s’éclaircie ainsi. Le cygne de
Léda est souvent la symbolique du « sexe inavouable, inavoué ».
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Voici
d'autres représentations du mythe de Léda et le cygne, exécutées
par différents artistes.
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Leda,
Leonardo da Vinci (c1506) |
Leda et le cygne,
Leonardo da Vinci (1504) |
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Leda,
James Pradier (c.1850) |
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La caresse du cygne,
Phillipe Wolfers
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Autour
de la Léda de Dali et du cygne figurent plusieurs objets. On voit
sur le bas du piédestal un petit livre rouge « richement relié ».
Il s’agit peut-être, selon Jean-Louis Ferrier, du Livre de l’ami
et de l’aimé de Raymond Lulle, docteur plutôt illuminé, qui
était très cher à Salvador Dali. La présence de la coquille d’œuf
au bas de la toile peut rappeler le mythe, mais peu aussi poser
un questionnement. L’unique œuf pourrait être en effet l’œuf que
Mercure a glissé entre les cuisses de Léda. Par contre, à en voir
la scène, Zeus le cygne est présentement en période de séduction.
Cependant, l’œuf est déjà pondu, est déjà éclo. Un autre fait étrange
se rattache à la coquille. Tout d’abord, il ne s’agit que d’une
demie coquille, l’autre moitié s’étant volatilisée. De plus, la
coquille est vide et on ne retrouve nulle part un des quatre enfants.
Pourtant, Dali voulait représenter Gala comme une mère et insister
sur son côté maternel.
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On
note aussi quelques gouttes sous le cygne. Il s’agit possiblement
de gouttes de sperme échappées par Zeus dans l’impatience de séduire
Léda. Cela propose donc que l’acte sexuel est non-consommé. On
aperçoit aussi au fond du tableau, à droite et à gauche, deux immenses
falaises. Il s’agit plus précisément des rochers abrupts du cap
Norfeo, allusion au sol natal de Dali qui revient souvent dans ses
œuvres. Léda atomica propose une rupture sémantique avec
le mythe traditionnel qui est d’abord un éloge de l’amour charnel.
Le tableau de Dali montre plutôt une nouvelle élévation morale,
une nouvelle conduite, en accord avec le projet surréaliste de changer
de vie.
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D’ailleurs,
un thème surréaliste intervient en Dali lui-même, Dali a toujours
entretenu des relations complexes avec la folie : « J’ai
canalisé mon délire par la raison, comme en art j’ai trouvé mon
expression par le classicisme. Je fais de mes contradictions une
véritable cohérence. Je peux dire que je ne sais pas quand je commence
à stimuler et quand finit le délire. La seule différence entre
un fou et moi c’est que je ne suis pas fou. ». Il considère
la paranoïa comme un « souffle de vie », mais il la veut
critique, incontrôlée, dominée. Elle devient ainsi une méthode
qui permet d’agir et de penser. Salvador Dali estime que l’automatisme
psychique et le rêve, bases du surréalisme, risquent l’inefficacité
dans la mesure où ils tendent vers l’évasion idéaliste ou récréative.
Dali prône l’irrationalité concrète, ce qui signifie le passage
à la réalité de ce que la conscience, habituellement, va piétiné,
refoulé ou écarté en accord avec l’intellect. Dali n’est pas uniquement
un provocateur, il tente sans cesse de faire basculer dans l’irrationnel
chaque moment de la vie quotidienne.
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Pour
en revenir à la toile elle-même, Léda atomica repose sur
un « tracé régulateur idéal» qui propose la divine proportion.
Léda et le cygne s’inscrivent dans un pentagone dans lequel est
inséré une étoile à cinq branches. L’harmonie des rapports a été
calculée pour Dali par le roumain Matila Ghyka, mathématicien.
Plusieurs peintres modernes prétendent que les « échafaudages
mathématiques tuent l’inspiration en leur donnant trop à réfléchir ».
Quant à lui, Dali croit l’inverse. Selon lui, il faut les avoir
constamment à l’esprit pour ne plus y réfléchir. Il n’existe pour
Dali que l’art maîtrisé, composé, construit. D’ailleurs, un élément
visuel du tableau vient rappeler l’aspect mathématique de Léda
atomica. Il s’agit de l’équerre jaune, ou l’espèce de règle
sous le cygne. L’outil géométrique nous rappelle les divines proportions
du tableau. Tout est mesuré. De plus, si on repense au mythe d’origine,
Némésis était la déesse de la répartition divine. Elle travaillait
à maintenir l’équilibre et châtiait toute forme de démesure. On
peut alors tisser un lien entre ce que représente le personnage
principal et la manière dont il a été pensé, exécuté.
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Un
autre fait intéressant à noter est que Léda est représentée par
Gala, la femme de Salvador Dali. D’ailleurs, si l’on observe la
main gauche de Léda-Gala, elle porte un anneau à son annulaire .
Même en Léda, Gala reste fidèle à Salvador. Elle lui a d’ailleurs
servi de modèle. Gala aurait posé pendant des heures, les bras
écartés, sans exécuter le moindre mouvement, ce que n’aurait pu
faire, paraît-il, aucun modèle professionnel. Dali écrit :
« Léda atomica est le tableau clé de notre vie.
Tout y est suspendu dans l’espace sans que rien ne touche à rien.
La mer elle-même s’élève à distance de la terre. ». Selon
Dali, pour que le public s’intéresse à quelque chose, il doit être
surpris. Une phrase de Lautréamont explique bien ce phénomène de
surprise : « Beau comme la rencontre fortuite, sur
une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. ».
Comme vous aurez pu le constater, tous les objets proposés (à l’exception
du cygne et des rochers ) sont en état d’apesanteur. Selon M.Ferrier,
la lévitation des choses et des êtres joue le rôle de détonateur
visuel. La lévitation propose l’antigravitation, l’antimatière.
L’imagination et la créativité de Dali sont excitées par les hypothèses
les plus audacieuses de la science contemporaine. Dali semble avide
de lectures scientifiques. L’apesanteur dans le tableau exprime
sûrement la nouvelle image du monde indéterminable. Les rêves de
lévitation semblent être des rêves de pureté. Par contre, bien
que le titre de la toile réfère à la physique atomique, elle a aussi
une origine psychanalytique.
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Le
point de fuite du tableau se situe dans le bas du cou de Léda, aux
alentours de la gorge. Pour ce qui est de l’éclairage, il semble
y avoir plus qu’une source de lumière. Selon les couleurs du ciel,
la lumière viendrait de l’arrière du rocher de gauche, à la hauteur
de la ligne d’horizon. Par contre, selon les ombres, la lumière
viendrait des alentours du coin supérieur droit (si l’on se fie
par exemple à l’ombre du piédestal ou à l’ombre dans le cou de Léda.
Il est aussi à noter que le rocher de droite est particulièrement
dans la noirceur. La forme géométrique dominante est sûrement le
triangle (ex : trois sommets : tête de Léda, extrémité
de son pied droit et la queue du cygne. ex :aile droite
du cygne, équerre, courbure du coude et du genou gauche de Léda,
etc.). Le piédestal propose aussi plusieurs formes rectangulaires.
Des formes circulaires sont également utilisées pour la coquille,
la tête et les seins de Léda. Malgré tout, le triangle reste la
forme marquante, rappellant ceux que propose l’étoile inscrite dans
le pentagone qui englobe Léda et le cygne. On retrouve dans la
toile un élément qui suggère un deuxième retour à l’Antiquité (le
premier étant le mythe de Léda et le cygne). Il s’agit des volutes
utilisées pour orner le haut du piédestal, où les fesses de Léda
auraient du reposer sans l’effet de lévitation. Cet état d’apesanteur
exprime d’ailleurs la sublimation et la pureté (la pureté étant
un thème antique). Léda atomica ouvre en quelque sorte la
période des toiles religieuses de Salvador Dali.
Lisez le texte de création
qui suit: Ascension
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